Éléments d’histoire
Le 9 juin 1950, le Caméra-Club de Saint-Brieuc organise un gala de films d’amateurs au foyer laïque de la Ville de Saint-Brieuc. Il s’agit, pour ce club récemment fondé, de recruter des adhérents. Parmi les sept films d’amateurs projetés, certains ont été primés aux concours internationaux et deux sont d’Amaury Hamonic, photographe professionnel briochin et éditeur de cartes postales, dont Les fêtes du VIIe centenaire de Saint-Guillaume en 1934. Le Caméra-Club de Saint-Brieuc se présente comme rassemblant « quelques fervents du Cinéma qui n’ont certes pas l’ambition de leurs aînés, mais qui cherchent à réaliser sur le plan local des films d’intérêt touristique, éducatif et artistique ».
Parmi les films réalisés dans ce club :
- En 1953, Marcel Réaubourg, Léon-Jean Dechartre et Yves Blin réalisent Chair de poule, 16 mm, couleurs, 20 minutes, qui dénonce avec ironie un des premiers élevages intensifs de poussins, près de Quintin (CinémAction, Cinéma des régions, n°12, automne 1980, p.83).
- En 1955, le film-club 16 mm couleurs Sur le sable de la dune est réalisé : Messieurs Léon-Jean Dechartre, castin, au scénario et à la mise en scène, et Jean Richard, aux images et aux effets spéciaux, ont ainsi fait appel à Messieurs Yves Blin, assistant technique, Marcel Réaubourg pour la sonorisation, Michel Drouard pour « l’aménagement musical », Robert Morel pour le commentaire. Le « moyen » métrage de 55 minutes est présenté comme « un témoignage authentique sur l’histoire de la région de Saint-Cast. » (Ouest-France-Saint-Brieuc, 4 février 1956). Des projections ont lieu à la Chambre de Commerce des Côtes-du-Nord, en présence d’autorités politiques, administratives et associatives locales, au Théâtre municipal de Saint-Brieuc le 8 février et à la Maison de la Bretagne à Paris le 9 mars. Parmi les événements historiques locaux traités, le clou du film est la reconstitution de la bataille de Saint-Cast de 1758, lors de la guerre de Sept Ans, remportée par les troupes françaises et des volontaires bretons contre les Anglais qui tentaient de débarquer. Ne sont pas en reste les reconstitutions de Saint-Cast en 1900, avec plusieurs centaines de figurants, et de l’action de la Résistance à l’été 1944, avec d’anciens maquisards.
En 1980, dans la revue trimestrielle CinémAction consacrée au cinéma des régions, on peut lire que si Léon-Jean Dechartre ne réalisa plus de films pour s’occuper de l’organisation des festivals de Saint-Cast puis de Dinard, Marcel Réaubourg, « installé à Brest », « garda le virus », entre « œuvres personnelles » et « films industriels ». « Sans chercher explicitement une dimension bretonne à chaque fois, sa filmographie représente cependant », est-il affirmé, « une riche mine pour un archivage à venir de la réalité bretonne et de ses transformations de l’après-guerre à aujourd’hui. ». Cette réalité est questionnée dans ses réalisations (qui figurent dans la partie Catalogue, p.82-88). Et de conclure : « Réaubourg prouve depuis trente ans que l’on peut vivre du cinéma en Bretagne. »
À noter : on peut supposer que Mathilde Dechartre, épouse de Léon-Jean Dechartre, a participé à la dynamique du Caméra-Club de Saint-Brieuc et du festival de Saint-Cast.
Le festival de Saint-Cast (1953-1966) : du cinéma amateur au cinéma africain
En 1953, le Club organise la première manifestation du Festival breton du film d’amateurs. 42 films sont présentés. On peut lire dans Cinéma Amateur, n°173, novembre 1953 : « Devant les encouragements reçus, la ville de Saint-Cast vient de créer un Comité du Festival 54 sous la présidence d’Honneur de M. Cornu, Sous-secrétaire aux Beaux-Arts [en fait Secrétaire d’Etat], et a d’ores et déjà fixé les dates de sa prochaine manifestation aux 4, 5 et 6 juin 1954. »
Gilles Ollivier, « Bretagne 1958. La Bretagne des années 1950-1960 au miroir des écrans », En Envor, Revue d’histoire contemporaine en Bretagne, février 2018 :
« Chaque année, de 1953 à 1966, pendant cinq jours aux alentours du 14 juillet, ce festival devenu le Festival National du Film Amateur de Saint-Cast a donc été le lieu de rencontre de centaines de cinéastes amateurs, avant de se déplacer à Dinard en 1967 (en tant que Journées internationales du film d’expression française) puis de devenir le Festival International du Film et d'Échanges Francophones ouvert aux jeunes professionnels. Les bénévoles du Caméra-club de Saint-Brieuc projettent d'abord dans le grand salon de l'hôtel Ar Vro, puis au Palais des Fêtes inauguré en 1957 :
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À chaque fois, les rencontres se déroulent sous la devise ‶Loyauté, Amitié″, vieux principe des caméra-clubs. Les cinéastes viennent donc de Bretagne, de Paris, de Mulhouse, de Boulogne-sur-Mer, de Limoges, de Strasbourg, Montbéliard, Reims, Saint-Etienne et de la France d'Outre-Mer. Il s'agit de permettre aux cinéastes de valeur de confronter leurs techniques et aux débutants de se faire une idée des possibilités du cinéma, qu'ils soient membres d'un club ou indépendants (on compte 30 % d'indépendants au festival de 1956). Afin d'améliorer la technique des cinéastes amateurs, les membres des jurys ont ainsi l'idée d'établir des fiches d'appréciation remises aux concurrents. De plus, comme le rappelle le journaliste de Ouest-France en 1959, ce festival "a été créé dans un but de propagande cinématographique et culturelle et, par conséquent, toutes les séances de projection sont entièrement libres et gratuites, le but étant de présenter à un grand public les meilleures productions des cinéastes amateurs français". Le public reste toutefois restreint, puisqu'il passe d'une dizaine de spectateurs en 1953 à plus d’une centaine par la suite. Pourtant, grâce à la qualité sans cesse accrue des films projetés, dont fait état un article paru le 13 juillet 1966 dans Le Monde, de nombreux représentants de l'État et du cinéma acceptent de faire partie du jury : André Cornu, Secrétaire d'État aux Beaux-Arts et sénateur des Côtes-du-Nord, et René Pleven, Ministre de la Défense, député des Côtes-du-Nord et Président du CELIB (Comité d’Études et de Liaison des Intérêts Bretons), en 1953 ; le représentant du Ministre de la France d'Outre-Mer à partir de 1954 ; Pierre Cardinal de l'IDHEC (Institut des Hautes Études Cinématographiques) en 1957 ; Monsieur Martin de la Direction de la Jeunesse et des Sports en 1959 ; Monsieur Esnault, historien du cinéma et ancien collaborateur du réalisateur Abel Gance, en 1960 ; Jean Mitry, historien du cinéma, critique, réalisateur, professeur à l'IDHEC, président du festival en 1961. Enfin, les réalisateurs Jean-Pierre Melville et Marcel Carné participent respectivement en 1964 et 1966. Initiative privée, le festival de Saint-Cast ouvre le cinéma d'amateur au grand public, aux autorités, et permet des rencontres sérieuses avec des cinéastes professionnels, ce que le concours national, toujours organisé par la fédération française, ne réalise jamais ou peu. La réussite de Léon-Jean Dechartre, organisateur de talent, est de faire reconnaître l'existence de cinéastes amateurs de qualité, capables de réaliser de bons films éducatifs, touristiques ou autres. Mais dès lors, l'image de l'amateur s'adonnant à sa passion sans vouloir faire de profit, diffusée jusqu'alors par les clubs, est en train d’éclater. »
À noter : le 25 janvier 1960, Rouzic, île aux oiseaux du Docteur Louis Guezennec, de Saint-Brieuc et membre du Club des Amateurs Cinéastes de Rennes (CACR) , Grand prix du Festival National du Film Amateur de Saint-Cast 1959, est présenté à Paris par Guy Pérol, réalisateur professionnel et Président du jury, dans le cadre de la préfiguration du Conservatoire des folklores par l’image et le son, dans lequel Léon-Jean Dechartre assiste le Président Monsieur Tessonneau, également administrateur de l’IDHEC (coupure de presse, Archives départementales d’Ille-et-Vilaine 14F0).
« L'originalité de l'idée de Léon-Jean Dechartre réside cependant dans l'élaboration, dès 1954, d'un concours spécialement réservé aux films venus de la France d'Outre-Mer, alors en pleine turbulence. Dix-sept des 120 films présentés en 1957 viennent des colonies, notamment de Lomé, Nouméa et Tamatave. Le festival apparaît donc aujourd'hui comme un terrain culturel, fertile en mots d'ordre politiques, diffusés par les médias, journaux et RTF [Radiodiffusion-télévision française]. En pleine guerre d'Algérie, lors de la clôture du festival de 1957, Monsieur Jean Berault, délégué du Ministre de la France d'Outre-Mer, déclare son souhait de voir les amateurs se tourner vers les préoccupations matérielles de la France en outre-mer. "Au moment où notre pays est si injustement attaqué, continue-t-il, il faut grouper les efforts développés par notre nation dans les pays sous-développés dont nous avons la charge." Dans un discours prononcé le 20 août 1958 sur le stade de Tananarive, le général de Gaulle définit la Communauté française, regroupant les territoires encore français et les États nouvellement indépendants. Du coup, lors du festival de 1959, le concours de la France d'Outre-Mer devient celui de la Communauté. En 1960, alors que les drapeaux du Congo, du Gabon, du Tchad, du Niger, de la République Centrafricaine, du Mali, de la Haute-Volta, de la Côte-d'Ivoire, du Dahomey, de la Mauritanie et de Madagascar flottent dans le ciel castin, une douzaine de films sont présentés au concours de la Communauté, devant un jury présidé par Monsieur Charpentier du Secrétariat d'État à la Communauté, et auquel participe le capitaine Prunac, directeur du journal Le Soldat d'Outre-Mer. Il y aura même, cette année-là, un exposé du chargé de mission auprès de la présidence de la Communauté, du Mali indépendant depuis peu. Ainsi, après le temps de la compréhension mutuelle entre les peuples colonisés et la métropole, vient celui de l'amitié espérée entre les pays africains indépendants et la France. À partir de 1961, deux jurés africains subsahariens figurent aux décisions prises au concours de nouveau appelé d'Outre-Mer, du fait de la présence accrue des DOM-TOM (Départements et Territoires d’Outre-Mer). À l'issue du festival, tous deux, dont le camerounais Monsieur N'Dongo, délégué de l'Association des Étudiants Africains, émettent le vœu qu'à l'avenir des courts métrages soient présentés par les Africains eux-mêmes. Jusqu' alors, trois types de films sont réalisés : le premier consacré à la vie coutumière agricole de l'Africain, le deuxième aux coutumes et aux traditions, le troisième enfin aux voyages et aux reportages touristiques. Seuls les Français, touristes ou résidants en Afrique, tournent ces films. Ce n’est que huit ans après la création du festival d'Outre-Mer, appelé à partir de 1963 le Festival du Film Africain et Malgache d’expression française, que Saint-Cast accueille le premier auteur africain à présenter un film africain en France. Le nigérien Moustapha Alassane reçoit le prix du film ethnographique pour Aoure (Mariage). Il deviendra par la suite un cinéaste dont l’influence cinématographique en Afrique dépassera le Niger.
Festival national du cinéma d'amateur, le festival de Saint-Cast apparaît également peu à peu comme le lieu où le cinéma africain se révèle à la France. »
Statuts et membres
L’annonce de la constitution de l’association dite Caméra-Club de Saint-Brieuc auprès de la Préfecture de Saint-Brieuc est reçue par celle-ci le 11 avril 1950. La déclaration paraît au Journal Officiel de la République française du 22 avril 1950.
But : l’article 1 précise que l’association a pour but : « de concourir à l’expansion du cinéma amateur par l’organisation de séances techniques, de rallyes et sorties cinéastes, de cinémathèques, de séances de projections, de conférences et de participation aux concours régionaux, nationaux et internationaux ; elle s’efforcera de favoriser, dans la mesure de ses moyens, le tourisme à Saint-Brieuc et dans sa région. »
Siège social : l’Hôtel de Ville de Saint-Brieuc.
Le bureau se compose ainsi :
- Président : Monsieur Dechartre [Léon-Jean, ingénieur en génies électrique et mécanique].
- Secrétaire : Monsieur Morel [Robert].
- Trésorier : Monsieur Boulbain.
- Secrétaire-Trésorier adjoint : Monsieur Ancelin.
Parmi les autres adhérents au club, on peut citer, selon une liste certifiée par Madame Dechartre (28 janvier 1998) :
- Yves Blin, photographe à Saint-Cast.
- Monsieur Enel, chirurgien.
- Monsieur Humery, radiologue.
- Marcel Réaubourg, prothésiste.
- Monsieur Jean Richard, photographe.
- Robert Granet, céramiste.
- Marcel Wernert, entrepreneur.
Archives
- Annonce de la constitution du Caméra-Club de Saint-Brieuc et composition du bureau reçues en Préfecture le 11 avril 1950 ; Statuts du Caméra-Club de Saint-Brieuc en date du 31 mars 1950 : Préfecture de Saint-Brieuc.
- Liste de membres certifiée par Madame Dechartre, 28 janvier 1998, Archives Gilles Ollivier.
- Programme du Gala de films d’amateurs organisé par le Caméra-Club de Saint-Brieuc, 9 juin 1950, Archives Cinémathèque de Bretagne.
- A propos du film Sur le sable de la dune : Ouest-France-Saint-Brieuc, 28 novembre 1955 et 4 février 1956.
- A propos du Festival National du Film Amateur de Saint-Cast :
« Caméra-Club de Saint-Brieuc. Après le Festival breton du film d’amateurs », Ciné Amateur, n°173, novembre 1953 ;
Ouest-France-Saint -Brieuc : 13 et 14 juillet 1953 ; 7 juillet 1954 ; 5 juillet 1956 ; 16 juillet 1957 ; 20 et 21 juillet 1957 ; 22 juillet 1957 ; 16 juillet 1958 ; 6 juillet 1959 ; 13 et 14 juillet 1959 ; 12 juillet 1960 ; 5 juillet 1961 ; 8 et 9 juillet 1961 ; 3 juillet 1962 ; 2 juillet 1963 ; 13 et 14 juillet 1965 ; 4 juillet 1966.
Bibliographie
Pour Marcel Réaubourg :
- « Réaubourg-Dechartre L.-J. », La Bretagne (coordination : Alain Aubert avec le concours de la MJC de Douarnenez), Cinémas des régions, CinémAction, n° 12, automne 1980, Paris, Papyrus Éditions, p.58.
- Gérard-Louis Gautier, Dictionnaire cinématographique de Bretagne, « Réaubourg », Rennes, Tétragram édition, 1995.
Gilles Ollivier, « Bretagne 1958. La Bretagne des années 1950-1960 au miroir des écrans », plus particulièrement « Le festival de Saint-Cast (1953-1966) : du cinéma amateur au cinéma africain », En Envor, Revue d’histoire contemporaine en Bretagne, février 2018.
Sur le Festival International du Film d’Expression Française (FIFEF) : https://www.cinestylethique.com/festival-fifef (Site conçu par Alain Aubert-Dechartre).

Fête médiévale à Saint-Brieuc en 1934 avec de nombreux défilés en costume.
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3 bobinots bout à bout
La rivière du Trieux.
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Chèvre et chevreaux.
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Défilé et danses traditionnelles avec
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Célébration du centenaire de l'hôpital de Bégard, les 15, 16 et 17 juin 1957, en présence du Cardinal Roques (Archevêque de Rennes et métropolitain de Bretagne), de Monseigneur Couepel (Evêque de ...

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Deux matelots face à la mer. Une femme en coiffe passe. Les deux matelots sur le pont de Recouvrance. Vue du château et du port militaire (arsenal). Un voilier miniature sur l'eau, des enfants ...
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Jacqueline Bévérina-Héreil a fondé à Brest après la guerre, le premier centre de l'enfance infirme dans cette ville ainsi que la première garderie "Les heures claires".

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