Camerone 1952 [11374]
1952 précisément | Albert WEBER
Contribuez !- Genre
- Documentaire
- Durée
- 00:03:56
- Coloration
- NB et Couleur
- Format durée
- CM - Court métrage
- Format original
- Film 16 mm
- Son
- Muet
La relation du cinéaste amateur Albert Weber avec l’Armée française se manifeste par le tournage annuel de la commémoration de la bataille de Camerone par la Légion étrangère, plus particulièrement dans la garnison de la compagnie portée [équipée en moyens de transports] de Laghouat.
Parmi la production cinématographique d’Albert Weber relative à cette commémoration, trois films peuvent être retenus afin de cerner la continuité et les ruptures entre les années trente et 1963 : « Camerone, fête de la Légion étrangère » (années 30 probablement, 6’20’’, 16 mm, muet, noir et blanc) ; « Camerone 1952 » (3’56’’, 16 mm, muet, noir et blanc et couleur) ; « Camerone 1963 » (13’, 16 mm, muet, couleur).
La bataille de Camerone, le 30 avril 1863, lors de l’expédition mexicaine sous le Second Empire, se solde par une victoire des troupes mexicaines contre soixante-cinq légionnaires qui résistent une journée dans une hacienda du village de Camaron de Tejeda (Camerone en français). Les derniers survivants acceptent de se rendre à condition de garder leurs armes et de pouvoir secourir leurs blessés. Depuis, chaque année cette bataille est célébrée comme un haut fait de la Légion étrangère. Comme le précise l’intertitre de Camerone, fête de la Légion étrangère, « chaque année le 30 avril partout dans le monde, garnison ou simple poste, le souvenir du combat de Camerone est commémoré avec solennité » afin de se souvenir que « la vie plutôt que le courage abandonna ses soldats français ». Albert Weber filme régulièrement dans la garnison de la compagnie portée de Laghouat, plus rarement ailleurs comme à Fort Flatters, entre Ouagla et Tamanrasset. Destinés à être projetés d’abord auprès de la compagnie, ces films, annuellement renouvelés, entretiennent l’esprit de corps dans un territoire éloigné et difficile d’accès. Ils prennent un sens particulier à l’époque de la guerre d’indépendance pendant laquelle les légionnaires jouent un rôle non négligeable dans le « maintien de l’ordre » et la « pacification ». Le déroulé de la commémoration est composé d’un défilé de chars de carnaval bricolés pour l’occasion, de la lecture du combat en tenue saharienne devant la troupe au garde-à-vous et fusils à l’épaule puis de réjouissances pour petits et grands à travers des stands de kermesse.
Dans l’espace clos et protégé qu’est la garnison, les images révèlent un état d’esprit, une culture à travers des chars avec inscription plus ou moins farfelues et des hommes grimés à l’occasion de la fête :
on voit des danses noires africaines simulées par des hommes en blackface dans Camerone, fête de la légion étrangère (TC de 20:26:03:10 à 20:26:10:14) et dans Camerone 1963 (TC 11:52:22). Ainsi, le colonisé est réduit à une infériorité supposée par l’Européen, qui exprime des stéréotypes imaginaires coloniaux.
Dans Camerone 1952, un homme s’est habillé en Père blanc, père missionnaire sur le continent africain (TC 01:01:48:12) tandis que des légionnaires mangent avec des baguettes et que d’autres encore sont grimés en Asiatiques (TC 01:02:20:22 et 01:02:39:02), ce qui n’est pas sans évoquer le rôle que la Légion étrangère a eu lors de la guerre d’indépendance en Indochine.
Les difficultés liées au milieu dans lequel les légionnaires interviennent sont brocardées avec par exemple dans Camerone, fête de la légion étrangère le char consacré à un « chameau blindé » qui « ne craint ni le sable ni la panne d’essence », qui « à l’encontre du légionnaire ne craint pas la soif ». Dans Camerone 1963 (TC 01:10:16:18), un char appelé « Atom Danger », sur lequel a été installé un faux missile qui finit par brûler devant un homme coiffé d’un casque sur lequel est inscrit ONU (TC 01:10:56:01), fait référence à la dissuasion nucléaire, dont le premier essai français, sous le nom de code Gerboise bleue eut lieu dans le Sahara algérien en 1960, à Reggane soit près de 800 km au sud de Laghouat à vol d’oiseau.
Enfin, dans Camerone 1963 , les quelques minutes filmées de la reconstitution de la bataille de Camerone dans le désert saharien (TC de 01:01:19:22 à 01:02:54:20) prennent une valeur symbolique à l’occasion du centenaire, dix mois après l’indépendance de l’Algérie (5 juillet 1962), près d’un an après les accords d’Évian (18 mars 1962) qui ont prévu le rapatriement progressif des effectifs militaires français.
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