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Algérie en flammes [5797]

1958 précisément | René VAUTIER

Film professionnel

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    • Genre
    • Documentaire
    • Durée
    • 00:25:00
    • Coloration
    • Couleur
    • Format durée
    • CM - Court métrage
    • Format original
    • Film 35 mm
    • Son
    • Sonore
    • Descripteurs
    • 1954-1962 Guerre d'Algérie - FLN - Maquis (résistance) - Militantisme
Reportage dans les maquis du FLN : passages de la ligne Morice.
Le réalisateur a été blessé lors du tournage.
Filmer la guerre et l'indépendance de l'Algérie au plus près
 
De 1956 à 1958, René Vautier rejoint le maquis et le Front de libération nationale (FLN) pour y tourner Algérie en flammes : « on m’a demandé (…) si j’allais tourner à côté du maquis. J’ai acquiescé en disant que ces algériens qui se battaient pour leur indépendance, pour ne plus être Français, étaient encore Français pour l’instant. Et j’estimais que j’avais le droit, en tant que Français aussi, d’origine bretonne, d’aller voir pourquoi ils ne voulaient plus être français. Je suis donc passé en Algérie où j’ai tourné Algérie en flammes, au maquis. Dès lors, il n'était plus possible de rentrer en France »
 
Ce film montre la vie quotidienne des maquis de l’Armée de libération nationale (ALN) dans les Aurès-Nementcha et à la frontière algéro-tunisienne, le long du barrage électrifié que l’armée française était en train d’édifier. Jour après jour, Vautier filme le quotidien non seulement dans les moments intenses de sabotage des transports ferroviaires, des combats, mais aussi dans ceux plus calmes de repos, de discussion, de repas, ou encore lors de leurs rencontres avec les populations civiles. 
 
La séquence où sont montrés des corps lors du massacre de Sakiet Sidi Youssef constitue une séquence cruciale et un document exclusif. Tourné dans le maquis algérien et diffusé à travers le monde, hors de France : on dénombre 460 copies en quatorze langues, le film Algérie en flammes constitue une œuvre matricielle à double titre puisque d’une part, on trouve des extraits dans de nombreuses productions de long et court métrage et, d’autre part, parce que Vautier forme autour de lui un petit groupe de combattants au maniement de la caméra. Son engagement est total à tel point que pendant le tournage d’Algérie en flammes en 1958 lors d’un échange de tirs entre maquisards algériens et parachutistes français, René Vautier est blessé. Aux prises directes avec l’action du FLN, il filme les soldats français qui le visent et atteignent sa caméra, dont un morceau reste incrusté dans son crâne. Pour Thomas Voltzenlogel, cet évènement remarquable « dit quelque chose du rapport à la réalité et à la nécessité de produire des images là où il n’y en a pas », mais il éclaire surtout l’engagement direct d’un cinéaste sur le théâtre des opérations d’un conflit colonial. Pour lui, à l’instar d’un Robert Capa sur le front de la guerre d’Espagne, l’intervention du cinéaste est un impératif, car il est impossible et inacceptable de se taire. Il faut dire aussi que c’est la pratique du cinéma qui incite René Vautier à devenir militant. Ainsi, sa recherche esthétique du réalisme documentaire sur le théâtre des opérations d’Algérie n’est pas éloignée de l’idée d’une « écriture réaliste » décrite ici par Bertolt Brecht : « se laisser consciemment influencé par la réalité et en retour influer consciemment sur elle ».
 
L'engagement résistant en toile de fond
 
Engagé, dès son adolescence, dans la résistance face à l’occupation nazie, la vie de René Vautier pourrait se résumer à autant d’années de résistance cinématographique. Rebelle et militant, il a filmé les luttes de son époque pour tenter d’établir un dialogue en images et agir sur les conflits. Dans le film documentaire Algérie en flammes, tourné en 1957-58, René Vautier cherche à montrer la proximité entre la rébellion armée et la population algérienne, dont l’effort commun ne peut que parvenir à l’indépendance. Le parallèle avec la lutte de la Résistance française est perceptible. En effet, inspiré par sa propre expérience de combattant au sein d’un réseau, la séquence du déraillement d’un train militaire évoque immanquablement La bataille du rail de René Clément (1946), production typique du résistancialisme. À ce détail près que l’occupant dénoncé par le film a changé en l’espace d’une dizaine d’années…
Dans cette séquence d’introduction, le spectateur assiste au sabotage d’une ligne de chemin de fer. À mesure que l’action des hommes s’opère, le cadre s’élargit aux dimensions de l’horizon et montre l’étendue de l’emprise des combattants sur le territoire. La chaîne de commandement aboutissant au déraillement du train se déploie sur une longue distance que nous remontons depuis les rails jusqu’au poste d’observation qui surplombe l’ensemble de la vallée et permet de déterminer le moment de l’explosion. La liaison entre le proche et le lointain dans la résistance à l’oppresseur est ainsi mise en scène de manière particulièrement significative. 
 
Selon Gilles Ollivier, auteur d’un article sur René Vautier dans L’abécédaire raisonné Arts et histoire des colonisations françaises et des indépendances : « Le film Algérie en flammes, par le commentaire et les images, s’inscrit aussi dans une culture cinématographique communiste élaborée sur les notions de peuple en lutte, de solidarité et de fraternité, d’adresse au peuple de la France et d’apport de preuves, élaborée dès les années trente lors de la guerre d’Espagne ». 
La question se pose de savoir sur quoi fonde l’intérêt ou plutôt la passion que nourrit René Vautier pour l’Algérie. Ce serait oublier les jeunes années de ce fils d’un ouvrier et d’une institutrice, qui entre en résistance à Quimper, d’abord par la poésie puis dans l’action directe : sa lutte pour l’indépendance et contre un occupant y trouve ses racines directes. Ce serait aussi oublier ses premiers travaux à l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) entre 1946-48, sur les manifestations contre le racisme, et surtout son premier film Afrique 50 (1950), ouvertement anticolonialiste, alors qu’il correspond à l’origine, à une commande de la Ligue de l’enseignement sur la mission de la France en Afrique occidentale française (AOF).
 
Souvent cité en exemple comme le premier documentaire de l’Algérie indépendante, le film Algérie en flammes a été réalisé moins d’un an après le référendum d’autodétermination du peuple algérien. Mais, il ne sera diffusé en France qu’en 1968 dans la Sorbonne occupée. Pour autant, Ahmed Rachedi, Nacer Guenifi, Heléna Sanchez, Sidi Boumédienne, Mohamed Guennez, Allal Yahiaoui, Mohamed Bouamari, André Dumaître, Taïbi Mustapha Bellil, formés par René Vautier en Algérie exploitent, dès 1963, des images du film pour concevoir Peuple en marche. Parmi ces images, celles des morts du bombardement de Sakiet Sidi Youssef est un témoignage rare, ce qui explique sans aucun doute la rémanence de leurs occurrences dans la filmographie sur la guerre d’Algérie et plus particulièrement dans les propres productions de Vautier. Si l’on dresse une histoire des images filmées de la guerre au XXe siècle, la fiction est venue combler le vide engendré par la rareté des images d’assaut dans le contexte de la première guerre mondiale. On pourrait dire ainsi la même chose des images de René Vautier, venues combler le vide laissé par les images de la guerre d’Algérie qu’elles appartiennent au cinéma amateur ou à celle du cinéma professionnel. 
 
La circulation de l’image du déraillement du train contribue à forger une imagerie du résistancialisme. Exploitée par d’autres réalisateurs comme l’Algérien Mohammed Lakhdar-Hamina, dans Chronique des années de braise sorti en 1975, cette séquence imprègne la rétine du spectateur et témoigne, par son historicité -on pense à La bataille du rail et à la seconde guerre mondiale-, de la construction d’une mythologie visuelle au service ici du contexte algérien.
Notons aussi que les images d’Algérie en flammes sont également intégrées au premier film produit en 1961 par le Service cinéma du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) afin d’être projeté à la tribune de l’ONU : Djazaïrouna (Notre Algérie). Le documentaire Guerre aux images en Algérie, produit aux environs de 1985 reprend dans son intégralité la version arabe d’Algérie en flammes commentée en voix off par le réalisateur
Par leurs circulations, la valeur des images d’Algérie en flammes peut se lire comme un précieux manifeste historique à replacer nécessairement dans leur contexte de production.
 
Extrait du film de René Vautier

René Vautier (Camaret 1928 - Cancale 2015)
Né le 15 janvier 1928 à Camaret, il mène sa première activité militante au sein de la Résistance à l’âge de 16 ans, ce qui lui vaut plusieurs décorations. Après des études secondaires au lycée de Quimper, il est diplômé de l’IDHEC (Institut des Hautes Études Cinématographiques) en 1948, section réalisation. Sa vie, marquée par un engagement sans faille, pourrait se résumer à autant d'années de combats et de résistances cinématographiques.

En 1950, la réalisation du court-métrage Afrique 50 lui vaut une condamnation à un an de prison. Ce film reçoit la médaille d’or au festival de Varsovie. Le film sera interdit pendant plus de quarante ans.
Engagé en Afrique sur divers tournages, il rejoint le maquis algérien. Directeur du Centre Audiovisuel d’Alger (de 1961 à 1965), il y est aussi secrétaire général des Cinémas Populaires.
De retour en France, il fonde (en 1970) l’UPCB (Unité de Production Cinématographique Bretagne) dans la perspective de « filmer au pays ». En 1973, il entame une grève de la faim de 31 jours pour protester contre la censure politique vis-à-vis du cinéma. Il sera soutenu par Claude Sautet, Alain Resnais, Robert Enrico. En 1974 il reçoit un hommage spécial du jury du Film antiraciste pour l’ensemble de son œuvre.
Il fonde en 1984 une société de production indépendante « Images sans chaînes ». Il a reçu en 1998 le Grand Prix de la Société Civile des Auteurs Multimédias pour l’ensemble de son œuvre.
Parmi ses nombreux films nous pouvons citer : Avoir vingt ans dans les Aurès (1972 - Prix de la critique à Cannes), La Folle de Toujane ou comment on devient un ennemi de l’intérieur (1973), Quand tu disais Valéry (1976), Quand les femmes ont prix de la colère (1977), Marée noire et colère rouge (1978), Voyage en Giscardie (1980).

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