empreinte de l'Attila (L') [3728]
1945 précisément | Emile GAUDU
Contribuez !- Genre
- Documentaire
- Durée
- 00:47:30
- Coloration
- Noir & Blanc
- Format durée
- MM - Moyen métrage
- Format original
- Film 16 mm
- Son
- Muet
Les combats pour la libération de la région de Saint-Malo - Dinard ont commencé le 4 août 1944. A partir du 6 août les Américains bombardent Cézembre et Saint-Malo.
Saint-Malo est libérée le 17 août 1944.
Ces images tournées dés la fin de la Seconde Guerre mondiale permettent de constater à quel point les bombardements ont détruit la ville. Ici Saint-Malo et les communes environnantes ne sont plus que ruines et désolation. Ce film comporte principalement des vues de ruines de Saint-Malo et de ses alentours.
Carton
Générique.
Prise de vues et montage : Emile Gaudu.
Opérateur : J.olivier,
Titres dessinés : P.Olivier, Assistante: Emyleine.
Carton, dédicace :
”A M.M. l’Abbé Descottes et Charles Courteuge, amis sincères du pays malouin, je dédie ce film. E.Gaudu.”
Carton : “1944 la Côte d’Émeraude n’est plus que ruines…”
EXT Jour. Paysages urbains de ruines et de désolation.
PR Ruines de bâtiments.
PG Rue de Saint-Malo bombardée. Une voiture remonte la rue désertée.
Carton : “dans la fameuse forteresse”
(La région dinardaise et malouine a été déclarée Forteresse par les allemands)
Carton : “une carte dessinée de la zone fortifiée. Sont représentées : les villes de Saint-Malo, Dinard, Pleurtuit et Saint-Servan, la Manche, l'estuaire du fleuve de la Rance, la ligne de défense au sud”.
(Une légende indique Forteresse Von Auloch, une dénomination faisant référence au nom du Colonel allemand Von Auloch qui commandait la zone).
PR Branche de cerisier en fleur.
PR Branche d'arbre nue abîmée.
PG Champ où sont implantées des poutrelles métalliques verticales (rails anti-char) constitutives de la ligne défensive de la forteresse.
EXT Jour. cour de ferme de la région de Saint-Malo
PE une maison a été touchée par les bombardements, la couverture de la toiture est détruite, ainsi que le haut d'une tour en arrière-plan. Des débris de bois, des pierres sont amassés dans la cour.
PR Paire de roue d'une charrette agricole dans une flaque.
Un très jeune enfant (environ 18 mois) joue avec un débris de bois. Il est assis dans la cour.
Trois enfants se tiennent debout sur un amoncellement de pierres. Deux d'entre eux font le signe de la victoire, le troisième, le plus jeune, tente d'imiter ses aînés.
PR Un garçon fait le signe de la victoire, il sourit face à la caméra, son visage change soudainement d'expression.
EXT Jour. Dispositif de défense antichar
Vue du dispositif de défense anti-char : champs de rails, barrières métalliques de type Cointet (à confirmer).
Cour d'habitation
PR Un tissu blanc est accroché à un barreau de fenêtre sans vitre de la maison. Il bouge au vent.
PM Un homme déblaie à la pelle les pierres et gravats de la cour.
PE Cinq hommes déblaient des ruines au pied d'une maison pour partie détruite.
GP pierre gravée « je suis née le 8 7bre 1873 ».
EXT. Jour, Eglise de Pleurtuit
Dégâts suite aux bombardements de l'église de Pleurtuit, à l'extérieur comme à l'intérieur : la toiture, la maçonnerie, les vitraux, le clocher, la voûte, et le mobilier sont touchés.
Une statue de la vierge montrée de face et de dos a été transpercée par les impacts.
Ext. Jour
PG. vue plongeante sur une rue.
Un char blindé abandonné sur un talus.
GP canon du char.
PG vue plongeante sur une rue ciblée par l’artillerie.
Des toitures de maisons ont été remplacées par des plaques de taule, d'autres maisons sont détruites partiellement ou en totalité.
Une maison incendiée (traces noires).
EXT Jour, les sépultures de quatre soldats allemands dans un champ.
PR Superposition. Fondu enchaîné (4 plans). Le nom du soldat tué, Gefr. Nilgen Johann 26.1.16 - 08.08.44, Gefr. Leonhard Hammer 06.01.24 - 09.08.44, Feldw. Willi Gabriel 04.02.20- 11.08.44, est gravé sur une croix en bois posée sur chaque tombe.
EXT Jour. Un cimetière visé par les tirs
Pierres tombales cassées.
Main cassée d'un christ en croix, ainsi qu'une branche de la croix.
(Panoramique latérale) carcasses d'automobiles et véhicules légers militaires détruits.
EXT Jour, l'Église de Pleurtuit.
PR cloche
PR les fenêtres et murs extérieurs de l’église endommagés par des tirs. En superposition, (fondu enchaîné) une image d’un crâne, une image d’un soldat allemand de profil, une image de la croix gammée Nazi.
EXT jour, un ouvrage de la ligne défensive allemande (bunker)
PANO La structure en béton et en acier du bunker, les passages vers l'intérieur du bâtiment comportent des marques d'impact de tirs et pilonnage.
Une chapelle est située en arrière-plan du bunker (à identifier).
Au sol, une valise d'appoint pour obus de mortier (à confirmer).
GP Canon.
Porte d'accès au bunker.
Bunker, poste d'artillerie.
Au sol, un masque à gaz, des obus.
EXT Jour, Dinard
PE La grande plage de Dinard est déserte. Sur la plage et dans la mer, des obstacles et portes anti-char, sont toujours en place.
Sur la falaise, deux villas typiques de la cité balnéaire. L'une d'elles est détruite pour partie.
Carton. “Dans Saint-Malo la cité foudroyée”.
Carton. “Un dessin représente Saint-Malo intra-muros. Titre : “Ce qui reste de Saint-Malo. Le château, la grande porte””.
EXT jour. Saint-Malo
Plusieurs plans de la ville en ruine, des travaux de déblaiements et de mise en sécurité.
PE Traveling (Caméra embarquée sur un bateau). Vue sur les remparts de Saint-Malo, le hauts des immeubles.
GP Écusson de la porte Saint Vincent.
La Statue de René Duguay-Trouin toujours debout.
Ornement d’un bas relief dégradé.
Filmé depuis l'intra-muros, le casino partiellement en ruine.
Tour carré donnant sur le chemin de ronde.
PE Des hommes enlèvent et trient les débris, près d’eux une charrette et un cheval.
GP Le haut d’une tour partiellement détruite.
PR Panneau défense d'entrer avec en arrière plan un un amas de décombres.
Grand panoramique de l’ensemble de la ville close détruite (PE) (PG).
GP Des pierres en hauteur menacent de tomber.
PANO vertical. Les dégâts et destructions en façade des bâtiments.
PG Vue plongeante sur la cité détruite. Une silhouette d'homme dans un désert de ruines.
Des étais (structures de bois) soutenant une façade (PR).
La jetée du Môle coupée.
Une façade d'intérêt patrimonial miraculeusement préservée.
PE Un homme passe avec une charrette et un cheval parmi les décombres .
EXT et INT jour, la cathédrale Saint Vincent.
Le clocher de la cathédral est détruit.
(PANO vertical) Les dégâts en façade.
A l'intérieur de l’édifice :
La statue de Saint Pierre,
PE Des vitraux absents ou brisés. La nef, la toiture, les murs sont sinistrés.
Une inscription « ici s'est agenouillé Jacques Cartier pour recevoir la bénédiction de l'Evêque de Saint-Malo avant son départ pour la découverte du canada le 16 mai ».
PR La façade et le fronton de l'Hôtel de ville.
PE Une femme passe devant la caméra se dirigeant vers la cathédrale parmi les ruines.
PR Des écriteaux des rues de la ville déposées au sol.
(Caméra embarquée sur un bateau) Vue sur les remparts de la citadelle et destructions.
PE La cathédrale Saint Vincent (PE).
PE Le port. Des bateaux amarrés et quelques promeneurs.
Le haut d'une des tours de la cité.
PE Un homme passe avec une charrette et un cheval dans une partie déblayée de la ville.
Pancarte “rue de Toulouse”. Le quartier est entièrement détruit et toujours sous les décombres. Un homme déblaie à la pelle.
Autre endroit. Des voies de passage ont été dégagées. Aux abords de ces voies, des pierres sont amassées en tas.
Un homme évacue les décombres, à sa droite une charrette et un cheval (PE).
Trois adolescents sont assis devant des ruines. L'un d'eux se retourne vers la caméra.
PE Un homme pioche pour enlever les parties basses des restes des bâtiments.
Des drapeaux français et drapeaux avec la croix de Lorraine flottent sur certaines façades.
Deux jeunes enfants et une femme apparaissent à une fenêtre à côté d'un drapeau français.
Inscription “Wasser” au bas d'un bâtiment.
PG Vues plongeantes. Un homme marche parmi les décombres. Les pierres des destructions amassées en tas.
PG Le casino détruit pour partie et la plage du sillon. Sur la plage, des ouvrages défensifs sont encore en place (porte, tétraèdre...).
Deux hommes à vélo et une femme marchant dans les rues de la ville détruite.
Échafaudage. Amas de pierres.
PE Un homme avec une charrette à cheval avance dans une voie dégagée.
Du linge sèche à une fenêtre.
Vestiges des combats : des balles d'artillerie, des obus (PR).
Panoramique, le donjon du château.
L'îlot du grand bé filmé depuis les remparts, le fort du petit bé (PE)
Un homme creuse sous les décombres, il extrait la terre qu'il jette dans une charrette. A côté, un homme tenant une pelle.
Vues du système défensif côté mer : tétraèdres. Brise-lame.
PE Le fort national.
PG L'île de Cézembre.
Une façade détruite. Graffiti sur le bâtiment : la faucille et le marteau suivi des lettres JOF.
Rue Saint Jean. Des pierres récupérées et numérotées par le service des monuments historiques pour la reconstruction future.
PG L'île de Cézembre.
Carton : “le port”
Les bassins, les structures en béton et en acier du port, les bateaux sont pour partie détruits.
PR Avant d'un bateau à quai. Matériel d'accastillage.
GP Cheminée d'un bateau trouée par des impacts.
PE Deux bateaux amarrés à quai. Un homme de dos avance sur le quai.
Pano. Bateau.
PR La partie avant d'un bateau détruite jusqu'à la quille. Les composants métalliques sont enchevêtrés.
PE Plongée. Huit hommes déblaient le bassin du port. Ils déposent des pierres dans un contenant métallique soulevé par une grue.
GP Mouvement de caméra. La grue soulève la charge.
PE Plongée Deux homme déblaient le port. Ils ont de l'eau jusqu'au dessus des genoux.
Les carcasses des bateaux et reste métalliques jonchent les quais et bassins.
La porte de l'écluse est détruite.
Pano. Blockhaus ciblé par les bombardements.
PG Le port, un bateau
Des coques de bateaux renversées ou détruites.
La statue de Surcouf toujours debout.
PR Une inscription « merde pour les boches » suivie d'une croix gammée sur un ouvrage métalliques portant une plaque « chemins de fer départementaux de Meurthe et Moselle ».
Carton : “partout rôde la mort”.
EXT Jour. Saint-Servan.
PE Des maison en avant-plan de l'église de Saint-Servan ont été percutées. L'une est en ruine. A proximité, une deuxième maison touchée par l’artillerie (trou dans le pignon du mur). Une femme remonte la ruelle (à droite au bord du cadre de l'image).
PE Le port et l'église de Saint-Servan, l'anse Solidor.
Des passants marchant sur les quais du port.
Paysage marin. Des embarcations légères sont au mouillage.
PR Ancre marine.
PE scènes de rue (plusieurs plans)
Deux hommes effectuent des travaux sous une toiture adjacente à une maison effondrée.
Une femme passe devant la caméra. Trois hommes discutent. Une femme devant un pas-de-porte accompagnée d'un enfant regarde en direction de caméra.
Un homme marche en direction de la caméra en tenant son vélo.
Des passants nombreux dans une rue et un homme à vélo.
Deux hommes de dos portant une casquette de marin discutent en marchant.
Amas de pierres et de décombres dans une rue bombardée.
EXT Jour. Bunker (à localiser)
PR Panneau Zone dangereuse défense de circuler ici.
La ligne de défense allemande caractérisée pars ses rails anti-char a été ciblée, le bunker porte des traces de destruction. (localisation à vérifier. CF : église en arrière plan du champ de rail).
PR La cloche de tir du bunker.
EXT Jour.
PE Deux marins entretiennent un canon.
PG Vue sur le môle des Noires et l'île du grand bé.
EXT Jour. La cité et le fort d'Aleth
PE Pano Des murs de fortifications en pierre détruits par les bombardements. Un bunker portant les traces de l'attaque.
PR La partie métallique de la cloche de tir est criblée d'impacts, trouée à plusieurs endroits et déchiquetée à un endroit.
En mer, le mât d'un bateau coulé.
EXT Jour. La tour Solidor
PE la tour Solidor.
PR pano de bas en haut. La toiture de la tour Solidor est endommagée.
Un bateau débarque des visiteurs (lieu à identifier).
Carton : “Français voici l’œuvre « Kolossale » du boch Von Aulock. Croix gammée sous le texte”.
GP Main armant un fusil.
PR Une main bouge puis devient inerte.
PM Un homme est couché dans l'herbe de dos face contre terre.
Croix gammée en surimpression du dernier plan.
Carton : Portrait graphique d'un soldat allemand en gris sur fond noir les yeux sont cachés par l'ombre portée du casque. Texte « DACHAU, BÜCHENVALD, BELSEN.. Second portrait. Présence de la la croix gammée. Effet de lumière éclaire le regard perçant. Texte BÜCHENVALD. Dans la troisième image une croix gammée. Quatrième image. Fondu, disparation de la croix gammée.
Carton : “1945...le monde respire”
EXT Jour
PR tête de canon d'artillerie.
Insert archive. Extrait de journal « la capitulation sans condition sera annoncé officiellement demain à 15 heures.»
PM Un soldat allemand dans un bunker agite un drapeau blanc puis se rend.
PR Insert archives. Montage de titres de journaux sur la capitulation.
DP Un groupe d'hommes habillés en civil mangent avec des prisonniers allemands.
PR Portrait. Deux prisonniers allemands face à la caméra. Croix gammée en surimpression.
Carton : “tout n'est que tristesse, deuils, larmes”.
PM Deux enfants marchant à la campagne.
Des poules qui picorent.
Deux tombes de soldats sur lesquels sont posé un casque.
Deux jeunes garçons fouillent le sol à proximité d'un baraquement.
D'autres enfant jouent près du baraquement.
GP Une inscription sur un panneau suivie du dessin de la croix de Lorraine « les boches sont kapout ».
PM Portrait. Trois jeunes enfants sont assis à côté de l'inscription. L'un d’eux est coiffé d’un casque de soldat. Ils sourient et rient. Ils semblent imiter la gestuelle des soldats allemand.
GP Portrait. Un garçon coiffé d’un casque de soldat fait le pitre face caméra.
Amas d'obus.
Insert. archive. Article de presse “Accident de déminage qui tue deux hommes et en blesse un troisième”.
Carton : “Danger de mort, plus de 40.000 mines et engins explosifs ont été semés par les boches. ATTENTION à vos pas! ENFANTS n’y touchez pas!”
GP sur un panneau routier portant l'inscription allemande: “achtung! minen” (Danger, mine).
GP sur une fumée noire (explosion).
GP pancarte allemande : “ achtung! Minen”
Image d'explosion qui se répète.
PR Mains d'un homme dévissant les boulons d'une mine.
PG Des démineurs en civils et militaires discutent à proximité d'une voie de chemin de fer. L'un d'eux tient une mine à la main, d'autres sont assis sur la voie.
Différents spécimens de mines.
Série de plans sur les opérations de déminage.
PE Des démineurs utilisent un bâton pour détecter les mines. D'autres enlèvent la terre avec précaution.
Un très jeune homme, à l'air adolescent, retire un boîtier explosif du sol (probablement une mine antichar) sous les regards attentifs des hommes qui l'entourent. Il remet l'engin à un adulte.
PM un jeune homme effectue des gestes pour tester la souplesse du bâton.
Portrait de groupe. Un très jeune homme pose, tenant une pelle, avec des démineurs.
Des hommes plus âgés montrent à la caméra les boîtiers de mine ouverts.
DP Un jeune homme rampe délicatement dans l'herbe, il trouve un engin explosif (peut être une mine antipersonnel) et montre en détails comment le désactiver.
PR sur les pièces détachées composant la mine.
PM Portrait. Cinq démineurs en tenue civile posent derrière des boîtiers de mine soigneusement rangés et empilés.
Carton : “FRANCAIS, Souvenez vous et n’oubliez jamais”
Ext jour
PR fleurs, pavés.
PE Bateaux amarrés au port.
Des pêcheurs côtiers, panier à la main, voile enroulée et portée sur l'épaule.
PM drapeau français flottant.
PE Scènes quotidiennes du port.
Marmites fumant. Des pêcheurs assis déjeunent. D'autres accostent avec les paniers de pêche.
PR Les brises lames de Saint-Malo. Un nid d'oiseau et 2 œufs. Une branche de poirier en fruit. Roses. Un chaton sur une échelle. Deux fillettes riant face à la camera.
PE Le Château du Pontphily de Pleurtuit.
Émile Gaudu (1906-1996) est né à Pleurtuit, en Ille-et-Vilaine. Son père, également prénommé Émile, est médecin dans le village et sa mère est Marie Toussainte Jeanne Journiaux (ils se marient le 9 novembre 1904 à Pleurtuit, Émile François Gaudu docteur en Médecine né à Pleurtuit le 22 septembre 1872 est le fils d’Émile Joseph et de Solon Anne Marie, et Marie Toussainte Jeanne Journiaux est la fille de Jules Antoine et de Marie Françoise Victorine Méhonas).
Il épouse le 1er octobre 1929 Marie-Madeleine Lansquet, née le 8 décembre 1905 dans la maison d'en face. Elle est la fille de Joseph Lansquet, capitaine au long cours et de Joséphine Lebret, ménagère au bourg. Ils vivront 65 ans ensemble dans leur maison située au 37 rue de la Gare à Pleurtuit, puis au 37 rue Brindejoncs des Moulinais, qui était également la maison des parents d’Émile Gaudu.
La découverte du Pathé Baby.
À 17 ans, en 1923, Émile Gaudu assiste à la première présentation publique du « Pathé-Baby » par des agents Pathé sur la plage de Dinard. Il demande à son père de lui acheter une caméra 9,5 mm et s'exerce. Il veut devenir opérateur.
Pendant ses études de droits (licence), il filme en amateur, mais dans un but évident d'autoformation. Ces films sont diffusés lors de séances de cinéma familiales. Il réalise des pastiches des films de fictions de l'époque (comme les films de Louis Feuillade), des films d'actualités qui passent à l’époque en avant-programme (par exemple « Courses de chevaux à Dinard »), il fait également de longs gros plans fixes du visage des membres de sa famille, son père le Dr Gaudu, sa grand-mère, des « figures pleurtuisiennes » (tante Jeanne), et surtout il s’« auto-filme ».
Émile Gaudu, « opérateur » professionnel...
En 1926, son père lui achète une caméra 35 mm « Debrie » type « Parvo Interview » en bois de teck avec un moteur électrique alimenté par des batteries placées au sol dans une caisse en bois avec poignées de transport (elle a intégré les collections de la Cinémathèque de Bretagne).
En 1927, il réalise un premier film professionnel « Saint-Malo, l'antique cité des corsaires » (visite de la ville et départ des terre-neuvas). Le film est diffusé en salles par la société Lutetia à Paris. Son exploitation sera interrompue par l'arrivée du parlant.
Au début des années 1930, Émile Gaudu fait un stage d'un an aux studios de la U.F.A. en Allemagne en tant que « Bildmeister » (chef-opérateur). Il revient en France et travaille comme reporter d'images pour les journaux d'actualités (Pathé, Gaumont...). Son surnom dans la profession est « Saint-Malo ». Très athlétique, il est renommé pour être capable de monter avec sa caméra dans les huniers des bateaux. Il filme d'innombrables pardons de terre-neuvas et de lancements de bateaux.
En 1933, Pierre Guerlais l'embauche comme directeur de la photographie pour sa version de « Pêcheur d'Islande », son nom figurant au générique de ce long-métrage : « En raison des dangers que présentent les prises de vues en mer par mauvais temps, Pierre Guerlais a engagé un opérateur spécialisé dans ce genre de travail. C’est un Breton, Émile Gaudu, qui a déjà tourné à maintes reprises en Islande, à Terre-Neuve et au Groenland. C’est lui qui filma la relève du phare d’Armen qui, ainsi qu’on le sait, est presque inabordable. Pour réussir cet exploit, Émile Gaudu fut obligé de se faire attacher au mât d’un navire et les secousses que lui infligèrent les lames furent telles que pendant plusieurs semaines il garda sur son visage l’empreinte du viseur de son appareil. » (« L’Afrique du Nord illustrée », 2 - 12 -1933).
Il s'installe ensuite à Pleurtuit, publie une publicité dans les journaux de cinéma de l'époque en se présentant comme cinéaste indépendant (publicité « Émile Gaudu opère lui-même »). Il est sans doute le seul en France à faire cela hors de Paris.
De 1933 à 1939, il réalise de nombreux documentaires et travaille en tant que chef-opérateur sur des films dont « Le Cantique de la mer » de Jean Gourguet (1934), restauré par les Archives Française du film. La Cinémathèque de Bretagne possède d'ailleurs une photo le montrant filmant avec sa caméra. Il sera également le conseiller technique de deux prêtres qui filmeront entre 1936 et 1939 les terre-neuvas et la vie des pêcheurs dans le but d’améliorer leur condition, en organisant des conférences accompagnées d’un film : le Père Louis-Joseph Lebret (qui fondera en 1941, l’association « Économie et humanisme ») et le Père Yvon.
La guerre - l’enseigne « Art et lumière » - après la guerre
En 1940, les allemands réquisitionnent sa maison. Ils utilisent une partie de ses films pour se faire des séances de cinéma et ceux-ci seront perdus à la fin de la guerre. En 1943, il revient dans sa maison et ouvre dans son garage une enseigne d’un genre nouveau dans la région : « Art & lumière - La Maison de l’Amateur Cinéaste et Photographe » qui fermera en 1952. L’enseigne est dépositaire du « Comptoir Breton du Cinéma » (située à Chateaubriand) et vend notamment les marques de projecteurs professionnels « Hortson » et « Cineric », du matériel et des produits pour les cinémas et les photographes.
En 1944, il filme Saint-Malo et l'état des communes alentours (les conséquences des bombardements, les soldats encore présents, français, américains et prisonniers allemands, les habitants...) dans les huit jours suivant la Libération (« L'Empreinte de l'Attila », 1945). Pour tourner, il achète une caméra 16 mm type « Ciné Kodak Special ». Émile Gaudu dédie ce film à l'Abbé Descottes, un malouin qu'il connaît bien et dont il réalise des portraits dans les années 1930. Celui-ci empruntera « L'Empreinte de l'Attila » et « Saint-Malo, l'antique cité des corsaires » pour la recherche au Québec de fonds d'aide à la reconstruction de la Cathédrale Saint-Vincent. Les films ne lui seront pas restitués et seront retrouvés en 1992 par la Cinémathèque de Bretagne chez le neveu de l'Abbé Descottes.
En 1945, le patron de la société Lutetia lui commande un film sur Saint-Malo avant et après-guerre : il s’appellera « Saint-Malo ville assassinée ». Émile Gaudu utilise des extraits de son film « Saint-Malo, antique cité des corsaires » (1927) et des rushes restés chez lui. Pour la distribution, Lutetia fait re-monter le film dans un but commercial, certaines séquences sont coupées, son nom est enlevé du générique, alors qu’il était réalisateur et producteur. Une chanson de Louis Gasté, chantée par Line Renaud (« Quand un bateau part »), est rajoutée au film. Émile Gaudu est furieux de cette chanson et des paroles et, surtout, d’avoir été dessaisi de son film en tant qu’auteur sur un sujet qui lui tenait à cœur : les conséquences des bombardements sur Saint-Malo – ville où il avait fait ses études secondaires – et les villages environnants, notamment Pleurtuit détruit à 80 %. En 1992, lors de son interview filmée, les larmes lui viennent aux yeux à l’évocation de cet épisode de sa vie.
En 1946, il réalise un film de commande en 35 mm pour le préfet des Côtes-du-Nord, « Vivre » (restauré par les Archives Française du Film) qui est une « publicité » pour les sanatoriums du département « où il y a du bon air » et qui participent au dépistage de la tuberculose.
Il réalise des films sur sa commune en 16 mm (« Qu'il est beau mon village » en 1951 notamment) ou pour des amis.
En 1957, il est cameraman supplémentaire sur « Les Vikings » de Richard Fleischer dont quelques scènes ont été tournées à Fort La Latte.
Le cinéma « L’Aiglon »
En 1948, il crée dans son jardin la salle de cinéma de Pleurtuit « L’Aiglon » (environ 100 places) équipée d’un projecteur Hortson 16 mm ; sa femme Madeleine en sera la gérante. L’exploitation durera plus de dix ans, le cinéma fermera en 1960. Les Archives Départementales d'Ille-et-Vilaine conservent la carte de projectionniste d’Émile Gaudu avec sa photographie. Au cinéma « L’Aiglon » étaient projetés des films distribués à l’époque par des sociétés classiques de distribution (« Universal »...) et Émile Gaudu animait les séances. La Cinémathèque de Bretagne conserve un lot d’affiches-programmes qui témoignent de ses programmations.
Émile Gaudu, cinéaste et auteur ?
Émile Gaudu a filmé toute sa vie, mais il s’est toujours défini comme un « opérateur » et non comme un cinéaste. Sa propriété familiale fut transformée en « complexe cinématographique » : le jardin et la cour (particulièrement la façade de sa maison d’où descendait un escalier propice à de nombreuses mises en scène) étaient un véritable studio de cinéma en plein air pour ses « Actualités », le garage abritait son enseigne « Art et lumière » et il construisit dans son jardin une salle de cinéma. Comédien né, il apparait dans nombre de ses films datant de 1925 à 1928, de courts films familiaux bien sûr (balades, visite à des amis, copains en permission...), mais également des saynètes. S’il semble écrire ces films surtout pour lui-même – Il est costumé en détective, en gangster, en mendiante... –, il entraine joyeusement sa famille avec lui : son père, médecin et sa mère, sa femme, ses copains, les amis de la famille... Il adore également se filmer avec sa caméra sur pied, ce qui donne des autoportraits en gros plan où il rit et fait le pitre maquillé comme les acteurs du muet. Nous pouvons considérer que ses séquences sont une (sa) signature.
Ces miscellanées constituent les « Actualités pleurtuisiennes » qu’il réalise lorsqu’il a entre 19 et 22 ans. Il est probable que beaucoup de ses films ont été perdu (certains donnés ou prêtés, d’autres disparus pendant la guerre...). Nous connaissons, pour l’instant, très peu le travail qu’il aurait fait pour les sociétés Gaumont, Pathé et Eclair.
Les dernières années
Sur un contact pris, il refuse tout d’abord de se laisser interviewer puis finalement accepte : en 1989 et 1991, 2 h 30 d’images seront enregistrées par la Cinémathèque de Bretagne. En 1994, il est nommé membre d'honneur de la Cinémathèque de Bretagne. Trois réalisateurs professionnels veulent chacun faire un film sur lui, il refuse. Sa femme Marie-Madeleine était à ses côtés une personnalité marquante, elle a écrit plusieurs livres (roman, livres pour enfants et de nombreux recueils de poésie (1). Elle meurt le 21 février 1994 à Dinard. Émile Gaudu meurt à Pleurtuit, à 89 ans, le 31 janvier 1996.
Émile Gaudu a été le premier cinéaste breton travaillant en Bretagne. Sa carrière n'a pas manqué d'originalité.
(1) Marie Madeleine Gaudu a écrit sous le nom de Madeleine Gaudu-Lansquet ou de Lansquet des livres et publié de la poésie et des ouvrages pour enfants : « La Tâche originelle » (1936, Ed. Raoul Saillard), « Matilda, fille du Nyassaland », récit sur un témoignage du Père Party (1964, Alsatia Paris), « Il était un petit corsaire » (1964, P.A.F.), « Petite suite pour un passereau » (1965, P.A.F.), « Figure de proue » (1967), « Dansons la capucine » (1971, Maison rhodanienne de poésie), « L’Oiseau et la mort » (1974, Maison rhodanienne de poésie), « Matilda-Thalie de Modènes » (1976, Hachette, Bibliothèque rose)...
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